mercredi 18 mai 2016

Le Prix de Nation Unie


 Cher Biram,

Ta libération réjouit tout un chacun, mauritanien et non mauritanien, épris de liberté et de justice. Nous la saluons à la mesure des efforts que toute une communauté nationale de concert avec une communauté internationale, a déployés pour que ta libération soit effective et que justice te soit rendue.
Cependant ne te trompe pas de combat, la communauté harratine que tu défends méritant un leader comme toi, ne doit pas cependant voir en toi un pourfendeur des « maures ». Les esclavagistes ne sont pas forcément des maures et les maures ne rejettent pas les harratines. Que tu le veuilles ou non, tu pourras développer une vision de libération d’esclaves mais tu ne pourras pas changer une réalité : les harratines resteront des maures par la langue et la culture.
Un combat s’inscrivant dans une discrimination positive doit se faire en vue d’une intégration effective à la Nation aussitôt que ce pour lequel la discrimination a été déclarée a cessé d’être (l’esclavage). Combattre l’esclavage est noble mais il faudrait le placer non pas dans une dimension conflictuelle mais dans une lutte de libération humaine n’engendrant pas la haine. La preuve en est, que ta libération tu la dois à des forces qui ne sont pas descendues dans la rue pour déloger le locataire du palais ocre mais à des forces bien plus puissantes, communautaires et internationales, qui par pressions interposées ont fait plier le régime.
Ce que tu sais aussi certainement, c’est que les pires ennemis dans ta lutte sont ceux de ta communauté qui marchandent avec le pouvoir ta neutralisation et qui monnayent fonctions et privilèges contre leur silence.
Tu ressembles un peu à cette « monnaie politique » qu’est devenue la Palestine aux mains de certains régimes arabes qui l’utilisent, de concession en concession, pour acquérir des faveurs économiques et financières de l’Occident. Où sont les harratines du « pouvoir » quand tu étais en prison ? Tu étais une monnaie d’échange de leurs privilèges. Ils monnayaient leur silence, ton silence.
Ceux qui sont au pouvoir ne sont représentatifs ni des maures, ni des harratines. L’avenir de ton combat se doit de s’inscrire à l’encontre d’un pouvoir corrompu, qui a tout corrompu jusque les communautés elles-mêmes et non point à l’encontre de ces dernières. Dans ce cas tu te serais trompé de combat et tu n’engendreras que la haine.
La cause pour laquelle pour laquelle tu te bats ne doit pas servir de prétexte pour engendrer la haine.
Le rejet d’une quelconque communauté, la haine à son égard quel que soit son mode d’expression, ne te mènera nulle part
Savoir faire la différence entre un régime qui mine le pays (et maintient des communautés entières dans la dépendance et justifie l’esclavage) que tu voudrais voir disparaître et une nation dans laquelle ton combat se doit de s’inscrire, en utilisant ses forces vives et progressistes, est le premier du combat que tu dois mener contre toi-même.
Jamais les harratines ne domineront le pays et jamais les maures ne pourront continuer à monopoliser le pouvoir en excluant une de leur composante, les harratines ; ainsi que les autres communautés. Cela ne se fera que sur la base de l’entente et de la concertation que, cependant, ton combat devrait forcer à se réaliser en éradiquant l’esclavage, en redonnant à la communauté harratine ses droits politiques, économiques et sociaux. Devenir un vecteur de libération et non point vecteur de discorde.


Le prix que tu dois essayer, désormais, de remporter est bien plus important que celui, acquis, des Nations-unies, mais celui de la Nation unie. Et ce prix-là, ce n’est pas une organisation internationale, sous influence de la communauté internationale, qui va te l’octroyer mais ta propre Nation, afro-arabo-berbère, sous influence de sa diversité.
Alors libéré, revois ton programme politique et mène un combat juste où chaque Mauritanien (indifféremment de sa communauté), s’y verra. Car un combat pour la justice, mené avec des mots et des moyens justes, entraine l’adhésion au-delà de la tribu, de l’ethnie, de la race et de la couleur de peau.


Pr ELY Mustapha


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Pr ELY Mustapha

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Poésie de la douleur.